Dès le 1er septembre, les enfants français de moins de 15 ans ne pourront plus ouvrir de compte sur un réseau social, et d’ici janvier 2027 chaque compte français existant devra prouver que son titulaire a plus de quinze ans. L’Australie a introduit une version de la même loi à seize ans en décembre 2025, et les études publiées depuis montrent que les ados n’ont pas quitté les plateformes. Ils ont redéclaré leur âge, ce qui signifie que l’audience a cessé d’être visible plutôt que d’être présente. Pour les marques qui mènent des campagnes d’influence en France, l’enjeu pratique devient la fiabilité des données d’audience, et la répartition par âge derrière l’audience d’un créateur peut déjà être vérifiée aujourd’hui, avant la première échéance.
Ce que dit la loi
Le 21 juillet, le Parlement français a définitivement adopté l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de quinze ans. Le Sénat a approuvé le texte par 243 voix contre 2, avec 100 abstentions, et l’Assemblée nationale l’a adopté par 279 voix contre 81, faisant de la France le premier État membre de l’Union européenne à instaurer une interdiction générale de cette nature. L’interdiction elle-même tient en une phrase : les moins de 15 ans ne peuvent pas accéder à un réseau social en ligne.
Le déploiement se fait en deux temps. Dès le 1er septembre, les plateformes doivent vérifier l’âge de toute personne ouvrant un nouveau compte et refuser les moins de quinze ans. À partir de janvier 2027, l’obligation s’étend aux comptes déjà existants, ce qui signifie que chaque utilisateur français devra à terme prouver son âge plutôt que simplement
le déclarer. Les encyclopédies en ligne et les services éducatifs sont exemptés, et ni les enfants ni leurs parents ne sont sanctionnés, l’application reposant entièrement sur les plateformes. Le texte étend par ailleurs aux lycées l’interdiction du téléphone portable, à compter de la rentrée 2026-2027.
Les modalités d’application restent à définir. Le référentiel technique que les plateformes doivent suivre n’a pas été publié, le décret d’application n’est pas finalisé, et les parlementaires socialistes ont annoncé qu’ils saisiraient le Conseil constitutionnel, qui devra se prononcer dans un délai d’un mois. Le débat européen n’est pas clos : le 7 juillet, la Commission européenne avait estimé que certaines dispositions du texte étaient contraires au règlement sur les services numériques, ce qui a conduit les parlementaires à le modifier. La Grèce a annoncé une interdiction pour les moins de 15 ans à partir de janvier 2027, tandis que l’Espagne et le Danemark étudient différents seuils d’âge.
Où sont allés les ados en Australie
La version australienne est en vigueur depuis le 10 décembre 2025, à seize ans plutôt que quinze, avec un régulateur désigné, un reporting mensuel et des amendes pouvant atteindre 49,5 millions de dollars australiens. C’est la projection la plus proche dont dispose la France.
Les premiers chiffres semblaient sans appel, les plateformes ayant supprimé près de cinq millions de comptes de moins de 16 ans dans les premières semaines. Les recherches publiées ensuite racontent autre chose. Une équipe de l’Université de Newcastle a suivi 408 adolescents avant l’entrée en vigueur de la loi puis trois mois plus tard et a constaté que plus de 85 % des moins de 16 ans utilisaient toujours les plateformes visées, principalement via des comptes enregistrés au nom de personnes plus âgées, de faux comptes ou des navigateurs privés. Le régulateur australien est parvenu à un constat comparable et avait, dès le mois de mars, brandi la menace de sanctions envers TikTok, Instagram et YouTube.
La même étude contient le résultat qui répond directement à la question. L’usage quotidien des réseaux sociaux chez les 14-15 ans est passé de 78 % à 69 %, une baisse réelle mais modeste. Chez les plus de 16 ans, il est monté de 80 % à 89 % sur les mêmes trois mois, sans qu’aucun élément nouveau ne vienne expliquer cette hausse pour cette tranche. Les ados ne sont pas partis vers une autre plateforme ni hors ligne. Ils ont changé de tranche d’âge dans les données.
Ce qui change, c'est la donnée, pas l'audience
La France va plus loin que l’Australie, parce qu’elle demande à terme à chaque compte de prouver son âge plutôt que d’exiger des plateformes des efforts raisonnables sur ceux qui paraissent jeunes. Une fois ce processus déployé sur environ quarante millions de comptes français, selon un calendrier que chaque plateforme fixe elle-même avec l’outil de vérification de son choix, la répartition par âge qu’une plateforme publie pour l’audience d’un créateur devient le relevé de qui a passé un contrôle plutôt qu’une estimation de qui regarde.
C’est le point qui concerne le marketing autant que le juridique. La sélection des créateurs, l’adéquation de l’audience, le brand safety et la valorisation des campagnes reposent tous sur des données démographiques déclarées par les plateformes, et ces données vont être reconstruites par un processus de conformité qui arrive à un moment différent sur chaque plateforme.
Les chiffres déclarés ne sont pas les seuls disponibles, et ne l’ont jamais été. Stellar affiche la répartition par âge et par genre derrière l’audience d’un créateur, ainsi que le taux de faux abonnés, l’authenticité de la communauté, le recoupement des audiences et l’historique des collaborations indépendamment de la plateforme, de sorte que la composition réelle d’une communauté peut être établie avant la signature d’un contrat plutôt que déduite d’un tableau de bord après coup.
Le calendrier compte plus que d’habitude cette année. Un profil d’audience enregistré au mois d’août constitue une référence antérieure au début des vérifications. Avec elle, une discussion de février peut distinguer une audience qui a bougé à cause d’un processus de conformité d’un créateur qui n’a jamais délivré ce que ses chiffres annonçaient. Sans elle, les deux cas sont indiscernables.
Le parent a toujours été celui qui paie
PwC a interrogé un peu plus de mille enfants de 7 à 14 ans début 2026, ainsi que mille parents. Parmi les enfants, 61 % déclarent que les réseaux sociaux leur donnent envie d’acheter quelque chose, devant les amis à 56 %, les magasins à 53 % et la publicité télévisée à 48 %. La même enquête montre que 60 % de ces enfants dépendent d’un adulte pour payer au moment de l’achat.
Un achat dans cette tranche d’âge est donc une décision à deux, l’un qui choisit et l’autre qui paie. À partir de septembre en France, un seul des deux peut légalement détenir un compte, et c’est celui qui détient la carte. L’enquête révèle aussi un écart de visibilité au sein du foyer : 24 % des enfants disent commander seuls via des applications d’achat, alors que seuls 19 % des parents le pensent.
Les créateurs parents et famille touchent cet adulte sur un compte qui reste légal et vérifiable dans tous les marchés où cette législation progresse. Distinguer une véritable audience de parents d’une audience qui ne paraît adulte que sur le papier relève de la même question de données, et Stellar permet de filtrer les créateurs selon l’âge, la localisation et les centres d’intérêt de leur audience sur Instagram, TikTok, YouTube et Twitch grâce à plus de quarante filtres, afin d’établir laquelle est laquelle avant l’envoi d’un brief.
La portée baissera avant les ventes
La portée devrait reculer pour les créateurs français à audience jeune tout au long du premier trimestre 2027. Une partie de cette baisse sera réelle, une autre relèvera des frictions de vérification, de la consultation hors connexion et des âges redéclarés, et vues de l’extérieur les deux se ressemblent.
Lorsque le reporting repose principalement sur la portée et les impressions, chaque campagne française de cette période se lit comme un recul, ce qui est un problème de reporting et non un problème de performance. Stellar transforme l’activité des créateurs en preuves, en suivant la portée, l’engagement, l’EMV, le ROI et les ventes en temps réel avec une attribution par lien et code promo connectée à Shopify ou WooCommerce, de sorte qu’une campagne qui perd 15 % de sa portée tout en maintenant ses ventes peut être présentée pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une campagne moins chère. Défendre cet argument en février suppose une mesure des ventes déjà en place en août, et la conversation autour d’une marque bouge en général avant que le tableau de bord ne l’enregistre.
Conclusion
Les ados ne vont nulle part. C’est la réponse que donnent les données australiennes, et la France a choisi une version plus stricte du même dispositif. Ce que l’interdiction retire n’est pas l’audience jeune mais la capacité de la voir dans les chiffres déclarés par les plateformes, et quatre points pratiques en découlent.
- L’Australie est une projection, pas une curiosité. Cinq millions de comptes supprimés, un usage hebdomadaire quasi inchangé, et des âges déclarés qui ont glissé vers le haut en trois mois.
- Enregistrez une référence en août. Répartition par âge de l’audience, taux de faux abonnés et authenticité pour chaque créateur français de votre portefeuille, relevés avant le 1er septembre, tant que ces chiffres signifient encore ce qu’ils ont toujours signifié.
- Tenez compte de qui paie. Soixante pour cent des enfants disent qu’un adulte règle la facture, et cet adulte peut toujours détenir légalement un compte dans tous les marchés qui préparent cette législation.
- Changez votre reporting avant que la portée ne baisse, pas après. Les ventes, les codes promo, le trafic attribué et le sentiment survivent à une correction de portée. Les impressions non.
Rien de tout cela ne dépend du sort de la loi devant le Conseil constitutionnel, car la trajectoire européenne est déjà tracée. Ce qui distinguera les marques qui traverseront bien cette période, c’est de savoir qui se trouvait dans leurs audiences avant que quiconque ne soit obligé de le vérifier.
Savez-vous qui se trouve réellement dans les audiences de vos créateurs français ?
Relevez la répartition par âge, le taux de faux abonnés et l’authenticité sur l’ensemble de votre portefeuille avant le 1er septembre, tant que ces chiffres signifient encore ce qu’ils signifiaient. Vous pourrez alors décider lesquels de vos créateurs touchent l’acheteur, et lesquels touchent l’enfant.
